Comment structurer une campagne Google Shopping quand on repart d’une page blanche ? C’est la situation dans laquelle s’est retrouvé Thibaut Hollebecq, directeur général de La Place du Coq, une marketplace Made in France spécialisée dans l’univers de la maison. Après avoir racheté le site, une erreur technique lui a fait perdre quatre ans d’historique Google Shopping. Plutôt que de subir, il a tout reconstruit de A à Z, et ses performances actuelles dépassent celles d’avant l’incident.
On l’a reçu avec Emilie sur Le RDV Ecommerce pour qu’il nous raconte cette aventure. Cet article en tire les enseignements concrets pour toute marque ou site e-commerce qui veut structurer ou remettre à plat ses campagnes Google Shopping.
Qu’est-ce qu’une campagne Google Shopping et pourquoi c’est différent des autres ads ?
Avant d’entrer dans le vif du sujet, un point de clarification qui est loin d’être anodin. Google Shopping ne fonctionne pas du tout comme les autres plateformes publicitaires.
Sur Meta (Facebook, Instagram) ou sur Pinterest, on fabrique des publicités. On écrit un texte, on choisit une image ou une vidéo, on cible une audience, et on espère capter l’attention de quelqu’un qui ne cherchait rien. On crée la demande.

Google Shopping, c’est l’inverse. On ne crée rien du tout. On envoie à Google un flux de données produit (un fichier technique qui contient toutes les informations de chaque produit : titre, prix, photo, description, code-barres, catégorie…) et c’est Google qui décide d’afficher nos produits quand quelqu’un tape une requête pertinente. On répond à une demande qui existe déjà.
Ce que ça veut dire en pratique, c’est que la performance d’une campagne Google Shopping ne dépend pas de notre créativité publicitaire. Elle dépend presque entièrement de la qualité de notre flux produit. C’est du SEO appliqué aux fiches produit. Et c’est exactement là que la plupart des e-commerçants se plantent, parce qu’ils traitent Shopping comme un canal publicitaire classique alors que c’est un canal technique.
| Critère | Google Shopping | Meta Ads | Pinterest Ads |
|---|---|---|---|
| Ce qu’on optimise | Le flux produit (données techniques) | Le créatif (image, vidéo, texte) | Le catalogue produit (comme Shopping) |
| Type de demande | Réponse à une recherche existante | Création de demande | Découverte visuelle + intention |
| Format pub | Fiche produit automatique | Publicité créée manuellement | Épingle produit automatique |
| Budget d’entrée | Variable, CPC dès 0.10 € | 5-10 €/jour minimum | 10-15 €/jour minimum |
| Idéal pour | Conversion directe sur recherche | Notoriété + conversion | Gros catalogues (+1 500 produits) |
Le contexte : La Place du Coq, une marketplace Made in France dans l’univers de la maison
Un site racheté par un SEO de métier
Thibaut, c’est un profil atypique dans le e-commerce. Son parcours, c’est 8 ans de SEO pur : agence, SEO manager dans une boîte du CAC 40, puis vente de logiciel SEO. Il a travaillé avec des centaines de sites e-commerce sans jamais en posséder un lui-même.
Quand il tombe sur La Place du Coq, le site existe déjà. C’est une marketplace qui vend des produits Made in France dans l’univers de la maison : mobilier, arts de la table, décoration, jardin. Le site a du potentiel, mais le propriétaire précédent ne vient pas du SEO. Pour quelqu’un comme Thibaut, c’est une checklist d’opportunités qui saute aux yeux.
Aujourd’hui, le SEO représente environ 40% du trafic du site, qui tourne autour de 10 000 visites par mois. Ce n’est pas un mastodonte, mais c’est un site en croissance avec un positionnement clair.
Et c’est justement ce positionnement qui rend le cas intéressant pour Google Shopping.
Le positionnement premium comme facteur de différenciation
La Place du Coq ne vend pas du mobilier discount. Le panier moyen tourne entre 150 et 260 euros selon les périodes. Les marques référencées fabriquent en France, souvent en semi-industriel (c’est-à-dire des process standardisés mais avec une production à la commande, pas de la fabrication en série). Thibaut va jusqu’à visiter les usines pour vérifier que le Made in France est réel, pas juste un label marketing.
Ce qui est frappant quand on visite le site, c’est la cohérence entre l’identité visuelle et le niveau de prix. On sent tout de suite qu’on n’est pas sur un site discount. Et ce n’est pas un détail esthétique : c’est un vrai levier de conversion. Quand un visiteur arrive depuis une campagne Google Shopping et que le site correspond à ce qu’il s’attendait à trouver, il reste. Quand il y a un décalage entre le prix affiché et l’apparence du site, il part. C’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive, et c’est un tueur silencieux de taux de conversion.
Thibaut nous l’a confirmé : son taux de conversion global est de 1.2%, ce qui est dans la fourchette haute pour du mobilier et de la décoration (où les moyennes tournent entre 0.5% et 1.5%).

L’erreur qui a tout changé : perdre quatre ans d’historique Google Shopping
Ce qui s’est passé
Quand Thibaut a repris le site, il y a eu une erreur de manipulation sur le compte Google Shopping. L’historique du prédécesseur a été perdu. Quatre ans de données, d’apprentissage algorithmique, de mots-clés exclus, de quality score accumulé : tout est parti.
Pour comprendre pourquoi c’est grave, il faut savoir que Google Shopping fonctionne avec un système d’apprentissage. Plus le compte a d’historique, mieux Google comprend quels produits montrer à quels internautes. Un compte avec quatre ans de données a des CPC (coûts par clic) plus bas et des conversions plus élevées qu’un compte neuf, parce que l’algorithme a appris ce qui fonctionne.
Perdre cet historique, c’est comme repartir de zéro avec un nouveau compte. Les CPC remontent, le chiffre d’affaires baisse, et il faut des mois pour que la machine réapprenne.
Un piège fréquent lors d’un rachat de site e-commerce
Ce qui est arrivé à Thibaut n’est pas un cas isolé. Lors d’un rachat de site, beaucoup de repreneurs se concentrent sur le transfert du nom de domaine, de l’hébergement, du CMS. Mais l’accès au compte Google Ads et au Merchant Center (la plateforme où est hébergé le flux produit) est tout aussi critique.
Si ces éléments ne sont pas transférés proprement, on perd non seulement les données mais aussi toute la configuration : les mots-clés négatifs, les exclusions de produits, les ajustements d’enchères, les audiences de remarketing. Des mois ou des années de travail partent en fumée.
Reconstruire une campagne Google Shopping de A à Z : la méthode
C’est la partie de notre conversation avec Thibaut qui était la plus riche en enseignements concrets. Ce qu’il a fait pour reconstruire ses campagnes Google Shopping est en réalité la méthode que tout e-commerçant devrait appliquer, même sans avoir perdu son historique.
Un flux produit propre avant tout
Le premier chantier, et de loin le plus important, c’est le flux produit. Thibaut a été catégorique là-dessus : tant que les fiches produit ne sont pas irréprochables, rien ne fonctionne correctement dans Google Shopping.
Concrètement, « propre » veut dire que chaque produit du catalogue a un code EAN ou GTIN (le code-barres international) correctement renseigné, un titre optimisé qui contient les mots-clés que les acheteurs potentiels tapent réellement (et pas juste le nom de marque que personne ne connaît), des photos de bonne qualité sur fond neutre, une description complète avec les caractéristiques techniques, et une catégorisation Google correcte (la taxonomie Google Merchant Center).
Ce travail est fastidieux. Sur un catalogue de 1 500 produits comme celui de La Place du Coq, c’est des semaines de boulot. Mais c’est ce qui fait la différence entre un CPC à 0.50€ et un CPC à 0.13€. Et chez La Place du Coq, le CPC tourne effectivement autour de 0.13€, ce qui est remarquablement bas.
Le parallèle avec le SEO est direct : de la même manière que Google évalue la qualité d’une page web pour la positionner dans les résultats naturels, il évalue la qualité d’une fiche produit pour la positionner dans Shopping. Un flux mal renseigné, c’est comme une page web sans balise title et sans contenu. Google ne sait pas quoi en faire.
Le paramétrage : exclusions, enchères et choix de campagne
Une fois le flux en ordre, Thibaut a repris le paramétrage de A à Z.
Les mots-clés négatifs d’abord. Ce sont les termes pour lesquels on ne veut pas que nos produits apparaissent. Par exemple, pour une marketplace premium Made in France, il faut exclure des termes comme « pas cher », « discount », « occasion » ou les noms de concurrents low-cost. Sans ces exclusions, on paie des clics de visiteurs qui n’achèteront jamais chez nous parce qu’ils cherchent autre chose.
Ensuite, le choix du type de campagne. Google pousse beaucoup les campagnes Performance Max qui laissent à l’algorithme le contrôle quasi total. Ça peut fonctionner avec un historique solide, mais sur un compte neuf ou reconstruit, les campagnes Shopping Standard offrent plus de contrôle et permettent de mieux piloter l’apprentissage.
Et enfin, la gestion des enchères. Avec un panier moyen inférieur à 100€ sur Google Shopping (La Place du Coq n’y met pas ses meubles premium, uniquement les produits entre 80 et 120€), chaque centime de CPC compte. Un CPC à 0.13€ sur un panier à 90€, c’est un ratio très sain. Mais ça ne s’obtient qu’avec un flux propre et un paramétrage serré.
Le paradoxe : l’erreur qui a forcé l’excellence
C’est le point le plus contre-intuitif de ce que Thibaut nous a raconté. Après avoir tout perdu et tout reconstruit, ses performances Google Shopping sont aujourd’hui meilleures qu’avant l’incident.
La raison est simple : son prédécesseur avait un historique de 4 ans, mais un paramétrage approximatif. Le flux produit n’était pas optimisé, les exclusions étaient incomplètes, la structure des campagnes n’était pas pensée. L’historique compensait ces faiblesses par la force de l’habitude algorithmique.
En repartant de zéro avec un flux impeccable et un paramétrage rigoureux, Thibaut a construit quelque chose de structurellement plus solide. Le temps d’apprentissage a été douloureux (quelques mois de CPC élevés et de chiffre d’affaires en baisse), mais une fois que la machine a appris sur des données propres, les résultats ont dépassé l’ancien compte.
La leçon pour tous les e-commerçants : même si vous n’avez pas perdu votre historique, il peut y avoir un vrai gain à tout auditer et tout remettre à plat. Un compte Google Shopping qui tourne depuis des années avec un flux médiocre, c’est un compte qui sous-performe sans que vous le sachiez.
Google Shopping ne suffit pas : les canaux complémentaires
Thibaut a été très lucide pendant notre échange : Google Shopping est un canal de performance, mais s’y rendre dépendant est risqué. C’est cher, c’est volatil (Google change ses règles régulièrement), et ça ne construit pas de notoriété. Voici comment il complète son mix.
Le SEO comme socle de trafic gratuit
Avec 40% du trafic en organique, La Place du Coq a une base solide. Et ce n’est pas un hasard : Thibaut vient du SEO, c’est son premier réflexe.
Ce qui est intéressant, c’est que le SEO et Google Shopping se renforcent mutuellement. Un site bien référencé en organique envoie des signaux de crédibilité à Google, ce qui bénéficie aussi au Merchant Center. Et inversement, un flux produit propre améliore la qualité globale du site aux yeux de Google.
Thibaut a aussi soulevé un point que je trouve pertinent : les marques individuelles (ses fournisseurs) peinent à ranker seules sur Google. Elles n’ont pas assez de pages, pas assez de notoriété, pas assez de temps à consacrer au SEO. La marketplace, elle, a la masse critique pour se positionner. C’est un argument de vente concret auprès de ses partenaires fabricants.

Pinterest Ads : le canal sous-estimé pour les gros catalogues
On en a parlé assez longuement pendant l’épisode parce que c’est un sujet qui me tient à coeur. Pinterest est un moteur de recherche visuel. Les gens y font des requêtes avec une intention d’achat ou de recherche d’inspiration, exactement comme sur Google. Mais avec beaucoup moins de concurrence publicitaire.
Pour un site comme La Place du Coq, avec plus de 1 500 produits dans l’univers de la maison (mobilier, déco, arts de la table), Pinterest est un terrain de jeu idéal. Le fonctionnement est proche de Google Shopping : on connecte son catalogue, Pinterest génère automatiquement des épingles produit, et elles apparaissent quand quelqu’un cherche « table basse design » ou « assiettes artisanales ».
Avec un budget de 10 à 15 euros par jour, les retours sur investissement que j’observe chez mes clients tournent entre 4 et 10 en ROAS. C’est un canal qui ne fait pas beaucoup parler de lui, mais qui peut faire une vraie différence pour les e-commerçants avec un catalogue conséquent.
Thibaut nous a d’ailleurs confié qu’il avait une vision négative de Pinterest avant qu’on en discute, pensant que la plateforme était en déclin. Un coup d’oeil sur Google Trends l’a convaincu du contraire. Parfois nos certitudes nous empêchent d’explorer des canaux rentables.

L’email marketing comme filet de rétention
La Place du Coq utilise Brevo pour collecter des adresses email et automatiser ses séquences. C’est un chantier que Thibaut a lancé sur le conseil d’Emilie, ma co-animatrice du podcast, qui lui a dit quelque chose de simple mais de vrai : dans le e-commerce, le plus important c’est d’abord de récupérer l’adresse email. La vente peut venir après, via les séquences automatisées. Mais sans l’email, le visiteur disparaît et il faut payer de nouveau pour le faire revenir.
C’est un complément indispensable à Google Shopping : Shopping fait venir le visiteur, l’email le fait revenir sans coût d’acquisition supplémentaire.
| Canal | Objectif principal | Coût | Temporalité |
|---|---|---|---|
| Google Shopping | Conversion directe (répondre à une recherche existante) | CPC variable (dès 0.10 €) | Court terme |
| SEO | Trafic gratuit et crédibilité du site | Temps et effort (pas de coût média) | Long terme |
| Pinterest Ads | Découverte visuelle + conversion sur gros catalogue | 10-15 €/jour | Moyen terme |
| Email (Brevo) | Rétention client et récurrence d’achat | Faible (abonnement outil) | Continu |
| Meta Ads | Notoriété + conversion (création de demande) | Variable (budget quotidien) | Court / moyen terme |
Stratégie saisonnière : Google Shopping a Noël pour un site premium
La période de Noël est stratégique pour tout e-commerçant, mais la manière de l’aborder sur Google Shopping diffère selon le positionnement.
La Place du Coq ne fait presque pas de promotions. C’est un choix cohérent avec le positionnement premium : casser les prix dénaturerait les marques et l’image du site. Le site ne va pas se transformer en sapin de Noël couvert de pop-ups « -30% » et de compteurs d’urgence.
Ce que Thibaut fait à la place, c’est plus subtil. Il crée des vitrines thématiques, par exemple « cadeaux Made in France à moins de 100 euros », qui regroupent les produits les mieux adaptés à la période. Il renforce le maillage interne depuis la page d’accueil vers ces vitrines et vers les marques phares du moment. Et il met en avant ces produits sur les réseaux sociaux et dans ses campagnes Shopping.
C’est une approche qui fonctionne bien avec Google Shopping parce que les requêtes saisonnières (« cadeau déco made in france », « idée cadeau maison ») explosent sur une courte période. En ayant des pages dédiées et un flux produit déjà propre, on est en position de capter ces pics de recherche sans effort supplémentaire sur le paramétrage.
Ce qu’il faut retenir pour structurer sa campagne Google Shopping
Le parcours de Thibaut avec La Place du Coq n’est pas un modèle universel. C’est un cas spécifique, avec ses contraintes (marketplace, Made in France, positionnement premium). Mais plusieurs principes s’appliquent à toute campagne Google Shopping, quel que soit le secteur.
Le flux produit est le fondement de tout. Avant de toucher aux enchères, au budget ou au type de campagne, il faut que chaque fiche produit soit irréprochable. Titres optimisés, codes EAN renseignés, photos de qualité, descriptions complètes. Sans ça, tout le reste est du bricolage.
Google Shopping n’est pas un canal créatif, c’est un canal technique. Les e-commerçants habitués à Meta Ads, où la performance vient du créatif, ont souvent du mal avec Shopping parce que les leviers sont très différents. Il faut accepter que sur Shopping, c’est la qualité du catalogue qui fait le travail, pas une belle vidéo.
L’historique a de la valeur, mais un paramétrage propre en a encore plus. Le cas de La Place du Coq le prouve : un compte neuf avec un flux impeccable peut surpasser un vieux compte mal optimisé. Si vos campagnes Shopping tournent depuis des années sans audit sérieux, c’est peut-être le moment de tout remettre à plat.
Google Shopping n’est qu’un canal parmi d’autres. Le SEO, Pinterest, l’email marketing : chaque canal a son rôle. Rendre son chiffre d’affaires dépendant d’un seul canal payant est un risque que peu de PME peuvent se permettre.
L’identité visuelle du site impacte directement la rentabilité de Shopping. Si le visiteur qui clique sur une annonce Shopping arrive sur un site dont l’apparence ne correspond pas au prix affiché, il repart. Le taux de rebond monte, le quality score baisse, et les CPC augmentent. La cohérence entre le positionnement, le prix et le design du site est un facteur de performance Google Shopping que peu de gens mesurent, mais que tout le monde subit.
Cet article est tiré d’un épisode du RDV Ecommerce, le podcast qui décrypte les stratégies de croissance des marques en ligne.
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